Blaoui El Houari (1929-2017)

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Cheikkh Blaoui Ouari s’est éteint à l’aube du mercredi 19 juillet 2017, à l’âge de 91 ans, des suites d’une longue maladie. Cette triste nouvelle diffusée sur les ondes de la radio locale et dans le petit écran a fait l’effet d’un un tonnerre   sur la ville d’Oran, berceau de son enfance qui l’a vue naître. Ce grand maître de chanson constituait pour les générations d’hier et d’aujourd’hui un repère, une mémoire qui nous renvoie à notre jeunesse durant les années soixante. Qui ne connait ses mélodies ? Joyeuses ou tristes.

Après l’indépendance et suite à  une longue absence, Blaoui Houari réapparait sur la scène avec une fabuleuse fresque sur la mémoire de la ville d’Oran en passant en revue, dans une riche composition tous les acteurs de la vie artistique, culturelle et sociale  de la Médina. Ses repères, ses cafés maures, ses Chouyoukh, ses fêtes patronales, son esplanade, la célèbre « Tahtaha » animée par les « Meddahs », ses troupes folkloriques, en un mot, c’est une réappropriation de la mémoire collective avant l’indépendance qui a fait le bonheur de tant d’admirateurs.

Blaoui M’hamed El-Houari, né à Oran le 23 janvier 1926 dans la cité de Sidi Blel, reprend du service au cours des années 60 après plus de dix années d’absence. Pourtant ses admirateurs d’hier et d’aujourd’hui l’avaient suivi il y a plus de 50 ans, quand Blaoui enregistrait son premier disque 78 tours chez la Maison d’édition « Pathé Marconi »  sous le titre « Rani M’hayer » du célèbre poète du « Melhoun », Cheikh Benyekhlef. Ce jeune artiste venait de signer un genre musical nouveau qu’il allait progressivement travailler pour lui donner un cachet particulier dans le registre de la chanson bédouine moderne : « La chanson oranaise » authentique. Parfois, accompagné de sa guitare espagnole ou de sa mandoline, il a composé les plus belles mélodies rythmées au quart de ton pour sublimer le riche répertoire des chantres du « Melhoun » à l’image  des Cheikh Abdelkader El-Khaldi, Hachemi Bensmir, Mostefa Benbrahim, Ben M’ssaîb ou Cheikh Benyekhlef. Il a su donner des couleurs fraîches  à ses compositions très élaborées, aux notes limpides et gaies. Avec un habile doigté et sa voix chaude au timbre plaintif, Blaoui a étoffé les beaux poèmes des langoureuses « Qacidate » qui chantaient la vie, l’amour, la femme, la gaité et la tristesse, la joie de vivre et les difficiles conditions de vie de la société algérienne durant la longue nuit coloniale.

Auteur-compositeur émérite, Blaoui El-Houari a dirigé avec dextérité un orchestre moderne dont lequel il fit place à l’accordéon, en introduisant la « Guasba » (flute) et le « Guallal » (tambourin), deux instruments de musique traditionnelle pour donner toute sa plénitude au genre « Ouahrani ». En 1949, Mahieddine Bachetarzi lui confie la formation et la direction de l’orchestre chargé d’animer, tous les quinze jours durant six mois, la « Saison de l’Opéra d’Oran ». Devenu professionnel à cette date, il sera en 1950 membre de la SAGEM, tout en travaillant comme cachetier à Radio-Oran  puis cachetier à Radio-Alger. En 1953, Blaoui enregistre, avec les musiciens Hadjouti Boualem, Abdelkhaled Rahal, Boutlelis et Kaddour Bekkar, son premier « 45 tours ». Il y gravera les chansons de Belkhiter Benchaâ « Men saya saya“,  « Billah Alik jaboni », « biadek el mour » de Hachemi Bensmir et « kirani naachek fik » de Cheikh Abdelkader el Khaldi. Ainsi, parallèlement au succès qu’on connu ses chansons, il saura enrichir son répertoire, estimé à près de 500 chansons. Il composera la musique des chansons, entre autres d’Abderrahmane Aziz, Mohamed Lamari, Djalti, Saliha Saghira, Derkaoui, Serrour Hasni…D’autres reprendront ses œuvres come le groupe Raina Raï, Cheb Khaled, Mami, Sahraoui, Benchenet. D’autre part, Blaoui devait durant sept mois, en 1970, participer à l’animation de l’ensemble musical algérien qui se produisait à l’Exposition universelle d’Osaka, au Japon. Il modifiera sa guitare sèche en introduisant le quart de ton qu’adoptera plus tard, un autre phénomène, le King du genre « Raï » : Khaled Brahim.

Durant une période, cet artiste était à la tète de l’orchestre de la station régionale de l’ex RTA, depuis l’indépendance jusqu’à sa dissolution en 1968. Néanmoins, il continuera à poursuivre ses compositions pour élaborer de nouveaux arrangements pour la nouvelle génération. Il fera d’ailleurs de belles compositions pour les débuts de Cheb Mami et Baroudi Benkhedda ainsi que  d’autres chanteurs non moins célèbres. Ce grand maître de la chanson oranaise  avance encore dans son œuvre créative avec de nouveaux succès comme  «Asm’a », ou « Ach B’kali ». Parfois ce sont de tristes complaintes dédiées à son ami d’enfance, le martyr Ahmed Zabana, guillotiné à l’âge de 30 ans, le 19 juin 1956 à la prison de Barberousse (Serkadji) d’Alger après avoir été condamné par le Tribunal permanent des forces armées d’Oran. Rencontré il y a quelques au cimetière de Aïn Beida, lors de l’enterrement de la mère de son disciple Baroudi Benkhedda, il m’avait confié qu’il était un ami d’enfance de H’mida Zabana, qui était aussi son voisin de l’impasse meknés et Taza, dans ce quartier mythique que fut Medina Djédida, surnommé à l’époque «Village Nègre », par l’administration coloniale.

Le professeur Blaoui va encore surprendre tout le monde avec une merveilleuse composition   « Arssem Ouahran ». De nos jours, les oranais sont toujours attentifs aux gestes de ce majestueux représentant de la chanson oranaise qui, malgré le poids de l’âge, sa stature frêle et son sourire jovial continue de faire rêver deux générations dans la cité de l’Imam Sidi M’hamed Ben Omar El-Houari, Saint Patron de la ville.

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