Le Commandant Si Moussa

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MOHAMED BEN AHMED

Plus connu sous le surnom « Commandant  Moussa », qui est d’ailleurs son deuxième nom de guerre, Mohamed Ben Ahmed, officier supérieur de l’Armée de Libération Nationale durant la Révolution du 1er Novembre 1954 et opposant politique après l’indépendance en 1962, est né le 2 juillet 1929 à Oran. Il est l’ainé d’une famille de quatre enfants dont le père exerçait en qualité de brigadier de police depuis 1916. Le jeune Mohamed suit une scolarité normale au collège Ardaillon, baptisé, après l’independance, lycée Ibn Badis. Son diplôme de fin d’études obtenu, il sera nommé instituteur en 1939, année où son père meurt dans un accident de voiture, à l’âgele  de 55 ans. Mohamed quittera le corps des enseignants pour se consacrer au commerce. 

Fervent nationaliste, il intégrera les cercles politiques du Mouvement national qui va le conduire de la configuration islahiste (1940) à l’UDMA (Union Démocratique du Manifeste Algérien) , en 1947 au MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques), en 1952, sous la bannière duquel il se présente aux élections municipales de 1953 à Oran. Il est en seconde position derrière Souiyah Lahouari, membre du Comité Central, au FLN (1955) et enfin officier au sein de l’ALN (1956). Dans la ville d’Oran, Mohamed Ben Ahmed participera, avec Souiyah et d’autres militants à l’organisation du réseau Claude », après 1954. Durant cette période, il va amorcer la naissance de « Fraternité Algérie » un mouvement contre la guerre et pour des négociations avec ceux qui sont dans les maquis. Le 6 février 1956, il est mandaté par le collectif de présenter le document à Guy Mollet, président du Conseil en visite à Alger. Cette initiative lui vaudra d’être arrêté, le 16 avril 1956, du fait que ce projet n’avait pas obtenu l’aval FLN, puis relâché aussitôt. C’est ainsi qu’il s’engagea dans le maquis après un long trajet qui le conduira d’abord à Figuig, au Maroc, où il fut reçu par un jeune officier de l’ALN, le futur colonel Lotfi, adjoint de Boussouf, alors commandant en chef de la zone 5. Ce dernier lui confie le poste de commissaire politique da région d’El-Bayadh, sous le nom de guerre de « Si Mourad ».

En 1959, Mohamed Ben Ahmed quitte le maquis après avoir participé à la réorganisation de la Wilaya VI historique où des groupes isolés d’obédience messaliste ralentissaient le contrôle du CCE de s’exercer dans les maquis de ce territoire  et deviendra le « Commandant Moussa ». En 1960, il se verra confier la direction du Commandement des forces armées de l’ALN, à la frontière Est (Tunisie) avant que Hassani ne le remplace. Il s’illustra par la discipline qu’il imposa à la base de Ghardimaou et exercera quelques temps à Tripoli (Libye) après le soulèvement du camp de Kebdani. Cet officier supérieur sera membre de la commission militaire désignée, avec Hadjerès, pour participer aux négociations. Cependant le G.P.R.A, le gouvernement provisoire de la République algérienne le désavouera et demande  à l’Etat-major et à Boumediene, son chef, de s’engager à son niveau le plus élevé.  C’est sur ce fond de crise, qui culmine le 15 juillet 1961, avec la démission de l’Etat Major que le Commandant Moussa est nommé par Ben Khedda, président du GPRA, en qualité de Chef d’état major de l’ALN.

Malheureusement, cette décision ne sera jamais appliquée et Boumediene n’a jamais donnné son avis, ni son commentaire sur cette nomination. A l’indépendance, en 1962, il fait partie de ce groupe d’officiers qui s’opposent au régime de Ben Bella, premier président de la République Algérienne Démocratique et Populaire. Il est arrêté à la fin de l’année 1963. Condamné à mort, en 1964, en même temps qu’Aït Ahmed, il sera gracié et libéré en 1965. Mohamed Ben Ahmed va se retirer de la vie politique pour se consacrer à sa famille. Mais trente années plus tard, il va sortir de sa réserve à 76 ans pour présider, en novembre 1998,, le comité de soutien d’Oran à la candidature de M. Abdelaziz Bouteflika, aux élections présidentielles anticipées.

Mais qui est « Commandant Moussa » ?

Il est vrai que l’itinéraire de cet homme durant la guerre de libération est peu connu, et pourtant Si Mohamed Ben Ahmed  est une  grande figure de l’ALN. Mais pour tous ceux qui ont eu l’occasion de  le rencontrer, c’est un homme, franc et intraitable. Pour résumer le profil de cette personnalité : c’est un homme pour qui, toutes les vérités sont bonnes à dire. Il va d’abord dans les rangs des Oulémas pour participer financièrement à la construction de la « Madarsa El -Falah » à Médina Djédida, quartier populaire surnommé « Village Nègre » par l’administration coloniale. Ensuite il rejoindra les rangs de l’UDMA, de Ferhat Abbas qu’il quittera pour militer au sein du MTLD.

Dans ce long chemin, deux évènements vont marquer cette vie singulière : la bataille du djebel Amor, le 2 octobre 1956 où Moussa a acquis sa notoriété de baroudeur, et son différend avec Boumediène suite à sa désignation par le GPRA comme chef d’état-major intérimaire en octobre 1961. Le Commandant Moussa  était une légende vivante parmi la population des Hauts Plateaux       qui l’adulait. « La vie dans les maquis, se souvient-il, n’était pas facile, mais grâce à la population, nous avions résisté aux forces d’occupation. »

Il se retire de la vie politique pour se consacrer à sa famille et en 1967, Boumediène lui propose le poste de ministre du commerce qu’il refuse, lui faisant savoir que le socialisme bureaucratique est une voie sans issue et qu’il est une source de corruption. Pour lui, le plus grave, c’est que le pays avait raté son entrée dans la modernité en 1962. «L’Algérie n’aurait pas dû opter pour le régime du parti unique et pour le socialisme qui n’était qu’un subterfuge des  hommes du pouvoir pour gouverner», dira-il dans ces longues discussions avec ses amis.

Abdallah Bendenia

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